Femme non rééducable

de Stephano Massini

Mise en scène : Thomas Bellorini

 

Création automne 2019

 

" Objectiver. Nettoyer. Sectionner. Enlever. Enlever. Enlever. Tout le reste est silence “.

 

Avec

François Perache

Édouard Demanche

Adrien Noblet

Zsuzsanna Varkonyi

Marie Surget

Simon koukissa

Brenda Clark

Stanislas Grimbert

Christabel Desbordes

June Van der Esch

 

Lumières - Victor Arancio

Son – Nicolas Roy

 

Production : Compagnie Gabbiano

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Anna Politkovskaïa est la seule journaliste russe à avoir couvert la deuxieème guerre de Tchétchénie. Elle n'a eu de cesse de dénoncer les violations des droits de l'Homme dont se rendaient coupables les forces fédérales russes ainsi que la milice de Ramzan Kadyrov. Son acharnement pour la recherche et le partage de la vérité lui ont valu d’être surnommée par l’état- major russe « Femme non rééducable ». Anna Politkovskaïa est assassinée le 7 octobre 2006 à Moscou, dans la cage d'escalier de son immeuble. Un pistolet et quatre balles sont retrouvés à ses côtés.

Un an plus tard, Stefano Massini écrit une pièce à partir du travail de la journaliste.
C'est un montage de six années de notes, d'articles, d'interviews, de correspondances, de carnets de bord, écrits avec effroi et lucidité sur deux camps qui se déchirent.
Avec Femme non rééducable, il propose pour cela une écriture éclatée, mettant bout à bout des moments de la vie d’Anna Politkovskaïa qui deviennent les évènements par lesquels nous accédons à l’Histoire. Elle n’est pas le personnage principal d’une pièce qui lui rend hommage, elle est le prisme par lequel cette guerre nous est racontée, le fil conducteur d’une écriture qui tente de rendre compte. La prose est nette, aigue, tranchante, comme le style intransigeant de la plume journalistique.

Stefano Massini propose une écriture du témoignage, et cherche à associer la force réelle du documentaire et le pouvoir oral, poétique et fictionnel de l’écriture dramatique. Il ne s’agit pas d’une reconstitution, c’est une tentative poétique qui nous pose la question de ce que peut faire le théâtre face au silence et à l’horreur. Peut-il accompagner et poursuivre le travail de fouille et d’enquête mené par la journaliste ?

Après la lecture de ce texte, j’ai regardé un reportage sur la Tchétchénie
d’aujourd’hui : Tchétchénie, une guerre sans trace. Le constat est terrifiant. La dictature de Kadyrov, digne des plus grandes dystopies. Mais ce qui est plus terrifiant encore, c’est l’inconscience qui précède la vision de ce reportage, et dans laquelle nous replongeons par la suite.

Je partage ce constat établi par Massini : « C’est comme si, dans le monde, il y avait des chambres à coucher, des salons, des salles à manger et -hélas- des débarras. La Tchétchénie est un débarras. Et, de fait, on ne lui consacre que les reliquats de l’information. ». Le meurtre d’Anna Politkovskaïa, c’est le moment où une partie de l’Occident se réveille pour se rendre compte qu’il ne sait rien de la situation en Tchétchénie.

Comment pouvons-nous faire en tant qu’artistes, musiciens, occidentaux, français, si loin des crimes sans nombre perpétrés en Tchétchénie et en Russie, pour ne pas rester silencieux, immobiles ? Pouvons-nous, à notre petite échelle, travailler à briser cette indifférence et cette « traditionnelle -et rassurante- équation selon laquelle, dans les débarras, se cache toujours quelque chose de moisi et de nauséabond » ?

Thomas Bellorini